Sentiment d'un journaliste
D'abord c'est une image sur Internet. Une sylphide brune toute de vinyle vêtue chevauchant, cravache en main, un homme aux yeux bandés. Sous la photo, les mots tombent crus : " soumission initiation maso équipée séance sur simple appel au 06 13 69 98 34 ".
Elle. Parmi la multitude de sites où de fausses jeunes peroxydées proposent qui de l'escorte, qui de la domination fétichiste, et puis, il y a elle. Sur un corps sculptural on dirait que Velázquez a peint le regard d'une de ses ménines. Sage, rieuse, captivante. Il se cache quelque chose derrière l'écran de mon ordinateur. Je compose le numéro. C'est une espiègle jeune fille qui répond. Son nom de scène est " Maîtresse Patricia ". Elle reçoit tous les jours au cur de Paris toute personne exclusivement courtoise et déterminée, désireuse d'assouvir un fantasme de soumission, en précisant qu'elle n'entretient aucun rapport sexuel, de même qu'elle n'officie jamais nue, bien évidemment. Intrigué par son univers, mon envie est de la connaître et d'écrire quelque chose sur elle. Quelques e-mails plus tard et comme convenu par téléphone, un rendez-vous est prit.
J'attends sous la pluie depuis cinq bonnes minutes lorsque s'ouvre une grande porte bleue. Je ne sais plus bien mais il y a des plumes, des strass, une mèche blonde perdue dans une cascade noire et un sourire d'enfant pressé d'ouvrir ses cadeaux. Trois minutes après, nous nous retrouvons devant du foie gras. Elle m'a à peine adressé la parole tant elle est occupée à répondre à son téléphone portable." La plupart sont des fantasmeurs qui ne viendront pas mais sait on jamais en principe, j'ai une séance à 13h00 " . Je la regarde manier ses couverts et fabriquer ses tartines. Dire que dans moins d'une heure ces mains douces d'étudiante strieront les fessiers d'un PDG Le soir, elle me convie dans son donjon. D'abord, je suis reclus secrètement dans sa salle de bains puisqu'elle est encore en séance.
L'ancienne étudiante vertueuse s'est changée en véritable professionnelle. Au travers du mûr, je distingue juste les claques cadencées, les vrombissements d'ustensiles électriques ainsi que son rire qui parfois vrille cette suffocante atmosphère. Plus tard, lorsque nous sommes seuls dans un salon rouge orné de gadgets hétéroclites, elle semble redevenue cette puritaine jeune femme. Pendant qu'elle me parle, je tombe sur une lettre qu'un " admirateur " lui a écrite. J'insiste pour la lire. Gênée, elle m'y autorise. D'un rapide coup d'il, je parcoure la lettre et y trouve les révérences confuses d'un homme conquis.
Sur
deux pages manuscrites s'égrènent des mots forts aux
connotations sulfureuses et empreintes d'un profond respect où
les termes : douleur, fouets et punitions, côtoient ceux de
: grâce, sensualité et trésor.
Je referme la lettre mi-amusé, mi-touché et durant
ma lecture, ce fantasme incarné a changé de costume
pour revêtir les attributs d'une jeune fille à la candeur
piquante.
C'est donc ça : briller par la parure et plaire par la personne
Au premier
abord, je suis gêné par la spontanéité
de ses propos. Mes questions d'abord timides deviennent de plus
en plus indiscrètes et précises mais celles-ci ne
l'embarrassent pas et elle y répond avec franchise et amusement.
Confession d'une jeune dominatrice :
"Durant mon adolescence, j'aimais m'amuser avec les garçons, les faire attendre pendant des heures Quand j'ai découvert le monde SM à travers les supports spécialisés, ce fut une véritable révélation. Ce sont pourtant mes copines, qui les premières ont eu à subir mes caprices. J'inventais n'importe quel prétexte pour les punir gentiement et les humilier, toutes plus futiles les unes que les autres. Aujourd'hui, alors que je me remémore ce souvenir passé sur mes premiers balbutiements dans la domination, j'ai compris que le S.M. réclamait un sens de la mise en scène pour pouvoir créer un univers à la fois envoûtant et angoissant.J'aime la diversité ; quelle monotonie ce serait s'il fallait toujours répéter les mêmes choses. Dans mes pratiques, tous les fantasmes ont cours. Je suis imaginative quand il s'agit de punir ou récompenser. Cela va de la domination soft comme le fétichisme des pieds ou des caresses aux pratiques plus hard comme faire pipi sur un homme et le doigter. J'aime me défouler sur les masos. Certains ont besoin de souffrir alors je ne me prive pas, je leur fais mal et j'adore cela. Beaucoup aiment être travesti en petite pute ou en soubrette et que je les viole. Je les attache, je les bâillonne, je les maltraite, je peux les caresser, ils peuvent me renifler, m'obéir et je les autorise à jouir. Si c'est un régulier, j'aime l'exhiber en public, transformé par mes soins Mes fantasmes sont polymorphes et cérébraux. Ce que je préfère c'est m'asseoir sur le visage de l'esclave, faire un face sitting et me mettre un vibromasseur
Mon excitation naît que quand il y a réciprocité et raffinement.
Lors d'une séance, les jeux peuvent aller jusqu'aux pratiques désirées : godes, spéculum, lavement, sondes, fist, doigtés, couches, électricité, aiguilles, fétichisme cuir, bas, pieds, plugs, poids, pinces, travail des seins, humiliations, uro, détente, god ceinture, fouet, massage érotique, croix, champagne dans siège à uriner, liens, féminisation, face sitting, cuir, latex, gadgets à plaisir, nursing, chasteté, masturbations, gynéco, lécher mes fesses, massage du sexe, scénarios, cravache, être attaché, bondage, immobilisations et donc l'ouverture au fétichisme de contention : cagoule, menotte, bracelet, bâillon, tenues, carcans jusqu'à jouissance Longtemps ils supportent mes punitions car je leur apporte du plaisir...
Oui, la plupart des hommes sont si terre à terre et ne voient pas plus loin que leur plaisir égocentrique. Ils ne méritent que le fouet et le châtiment mais l'alchimie du respect et de l'abandon de soi est une source d'émerveillement et de découvertes réciproques."
Propos recueillis par le journaliste Simon M. - Juin 2005
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Maitresse Patricia
- 2010 |